Le workaholism : comment se manifeste-t-il dans le secteur public ? 1/2

Rédigé par Edouard DE CREPY, Consultant ressources humaines et organisation
Lundi 17 Juillet à 16:53

Le travail est majoritairement reconnu comme une des activités indispensables à la construction et à l’évolution de la personnalité. La pratique d’une activité professionnelle a, dès lors, des incidences sur la santé, qui peuvent être directes ou indirectes, positives ou négatives. Si les troubles musculo-squelettiques et psychosociaux seront bien sûr considérés comme des conséquences négatives, en revanche, la stimulation intellectuelle, l’accomplissement de soi et la construction de relations sociales comptent parmi les incidences positives.

Ce lien indissociable entre travail et santé a fait l’objet d’études visant notamment à décrire certaines pathologies inhérentes à la pratique même d’une activité professionnelle. En effet, le travail peut amener des déviances chez celui qui cherchera à en exacerber le caractère gratifiant ou à y trouver une satisfaction excessive. On parle dès lors d’addiction au travail, ou de « workaholism » (terme anglais introduit par le psychologue américain W. Oates en 1971).

Une étymologie insoupçonnée

Le terme « travail », s’il est quotidiennement employé par les francophones dans des contextes divers, est issu d’une étymologie méconnue, mais appartient à un champ lexical marqué par une cohérence surprenante.

Parmi les définitions que nous proposent les différents dictionnaires de référence, nous retiendrons la suivante : Ensemble des activités humaines organisées, coordonnées en vue de produire ce qui est utile ; activité productive. Cette définition correspond à la perception la plus partagée aujourd’hui. Les notions d’activité collective, d’organisation, de production et d’utilité y sont contenues. Elle généralise même à la notion d’« activité productive », qui étend le concept à quelque chose de potentiellement plus abstrait, tel que le travail de l’esprit.

Pour nous extraire de la perception actuelle de ce vocable, et voir à quelles racines nous le devons, nous pouvons nous pencher sur son étymologie. Cette étude nous apprend que le mot travail vient du terme latin tripalium, qui désignait un instrument de torture à trois pieux. La notion de « travail » a effectivement été longuement perçue comme péjorative, le verbe « travailler » ayant même été longtemps un synonyme de « tourmenter ».

Cette étymologie, potentiellement source de plaisanteries au sein des entreprises, reste étonnamment présente dans notre expression actuelle, et semble même avoir évolué pour devenir très contemporaine. En effet, si le travail se réfère à un tourment qui était autrefois imposé à un tiers, il semble aujourd’hui s’être partiellement retourné contre celui qui le pratique. Une personne effectuant une activité professionnelle perçue comme étant excessive n’est-elle pas désignée comme un « bourreau de travail » ? La notion de travail pratiqué suivant une intensité délétère et volontaire semble donc inscrite dans les racines mêmes du terme, et nous mène au concept d’addiction au travail.

Des conséquences aisées à constater mais parfois paradoxales

L’addiction au travail compte parmi les addictions sans drogues, et se qualifie donc de comportementale. Elle se caractérise, comme toutes les addictions, par une perte de contrôle chez celui qui la subit. Cette perte de contrôle expose dès lors à des conséquences potentiellement négatives de plusieurs ordres. Ces conséquences peuvent être familiales, avec le sentiment pour les proches d’être secondaires voire négligés, et de ne pas être entendus. Ce constat peut s’étendre directement à la sphère sociale pour des raisons comparables.

Indépendamment de ce point, les conséquences professionnelles existent également, avec des incidences parfois négatives sur l’équipe, dont les membres peuvent estimer que celui qui est atteint d’addiction au travail tire abusivement les objectifs professionnels vers le haut. Cela peut amener des comparaisons (voire des pressions) entre les agents par l’encadrement, ayant pour but l’amélioration de la productivité du collectif.

Ainsi, nous avons pu constater cette recherche de performance chez un agent des services hospitaliers, qui cherchait à démontrer qu’il était possible de réaliser quotidiennement l’entretien de nombreuses chambres. Cette posture était régulièrement citée par la direction lorsque d’autres agents se plaignaient du rythme et demandaient davantage de personnel. Une confusion sur ce qui était réellement attendu (niveau de qualité notamment) s’était installée chez les agents. 

Enfin, cette addiction peut, selon son degré d’intensité, avoir des incidences négatives sur la santé, en favorisant l’exposition à un stress intense (cf. cas du burn-out exposé ci-après).

Malgré ses conséquences négatives, aisément identifiables, l’addiction au travail se caractérise par deux principaux constats. Cette pathologie n’apparait pas dans la classification internationale des maladies de l’OMS, malgré ses incidences pouvant faire intervenir la sphère médicale (cas de l’épuisement professionnel, ou « burn-out »).

Par ailleurs, cette addiction se caractérise par un aspect spécieux voire paradoxal, relatif à l’image positive qu’elle peut induire, à la différence des autres pathologies, souvent perçues comme étant liées au vice. En effet, une personne s’exposant à un rythme de travail excessif pourra prétendre à un niveau social important et renvoyer ainsi à des valeurs positives. L’employeur pourra également voir chez son employé souffrant d’une addiction au travail une opportunité de pratiquer le stakhanovisme, valorisant son engagement professionnel auprès du reste du collectif et l’encourageant à poursuivre dans cette voie.

 

À suivre, la seconde partie de cet article, dans laquelle seront abordés les facteurs extérieurs du workaholisme.

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