L'égalité Hommes-Femmes : quand l'intégration des femmes permet l'adaptation du travail de l'Homme

Rédigé par Elina ETCHETTO, Psychologue et consultante en santé au travail
Lundi 25 Septembre à 15:58

« Ma revendication en tant que femme c’est que ma différence soit prise en compte, que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin. »

Simone Veil, décédée le 30 juin 2017, icône de la lutte contre la discrimination des femmes en France.                                                               

Les conditions de travail et les risques professionnels des femmes sont souvent moins « visibles » que ceux des hommes. Ainsi « les femmes sont souvent exclues des emplois visiblement exigeants ou dangereux mais leurs emplois peuvent les exposer à des dangers moins visibles : travail très répétitif, postures contraignantes, manque d’autonomie dans le travail, contact avec le public (danger d’exposition aux infections, à la violence, aux agressions verbales), exposition à certains produits chimiques nocifs (coiffure, nettoyage, photocopie, manucure, établissement de santé), horaire qui rentrent en conflit avec les obligations familials », (Messing 2002).

En effet, on tend naturellement à renforcer des « représentations » de métiers : des postes « lourds » pour les hommes (efforts brefs et intenses) et des postes « légers » pour les femmes (minutie, contact avec la clientèle, patience).

Cette division sexuée repose sur des stéréotypes qui renvoient aux aptitudes physiques et psychologiques respectives des hommes et des femmes et à leur influence supposée dans le fonctionnement des collectifs de travail.

Aujourd’hui, les organisations s’intéressent de plus en plus aux processus de féminisation de nombreuses activités professionnelles. Plus particulièrement depuis l’accord national interprofessionnel du 19 juin 2013 axé sur une politique d’amélioration de la qualité de vie au travail et de l’égalité professionnelle.

Quels sont les intérêts, pour une organisation, de favoriser la mixité ?

Le développement des compétences

L’intégration des femmes à un poste dit masculin permet de réadapter le travail à l’Homme.

En effet, le manque de force exclut bon nombre de femmes sur certaines activités. Ainsi, l’allègement de la charge par le biais de l’aménagement du poste permet aux femmes de travailler tout en améliorant les conditions de travail pour tous. D’autant plus qu’un aménagement de poste va entrainer une nouvelle organisation du travail qui, à son tour, va engendrer un redéploiement de compétences pour au final apporter une forme de reconnaissance.

« Lorsque des femmes sont embauchées à des postes habituellement masculins, ceux-ci doivent être adaptés à leur morphologie : dans une fromagerie que nous avons ainsi étudiée, les femmes ont opéré différemment, portant les cuves à deux pour protéger leur dos. Une pratique qui a par la suite été reproduite par les hommes », explique Florence Chappert, chargée de mission à l'Anact et auteur du guide de la mixité dans l'entreprise.

Concernant le secteur public, nous avons l’exemple des infirmières.

Longtemps leurs tâches étaient considérées sans risques de telle sorte que soulever les patients n’était pas perçu comme une pénibilité. Ainsi la partie physique et technique du métier n’était pas visible. Il a fallu les revendications de 1989 pour que le fait de déplacer des malades soit reconnu comme un port de charges. Aujourd’hui, des outils d’aide à la manutention des patients ont été mis en place.

Cependant, notre expertise nous permet de soulever une nouvelle problématique liée à un manque de mixité. En effet, les infirmiers étant moins nombreux, ils sont généralement plus souvent en renfort pour ce type d’activité. Ils sont donc plus exposés à la pénibilité. Ainsi, revoir l’aménagement du poste permettrait aux infirmières et aux infirmiers de limiter le port de charges et de légitimer leur activité.

L'amélioration du climat de travail

L’amélioration du climat de travail est un des avantages reconnus par la présence des femmes au sein des milieux de travail majoritairement masculins.

« Les qualités de communication des femmes contribuent à installer des relations de travail respectueuses et stimulantes dans les équipes », Femmes et production industrielle, 1996.

Cette amélioration du climat de travail a également été démontré dans les prisons. La féminisation du personnel de surveillance a permis de réduire les agressions « détenus-surveillants ». En effet, alors que les interactions entre les détenus et les surveillants peuvent très rapidement tourner à l’agression et au conflit physiques, les crises ne dépassent guère le stade des insultes ou des menaces verbales envers les surveillantes. Cette différence provient du fait que les surveillantes évoquent le « respect » chez les détenus.

Ainsi, la présence de femmes dans les détentions masculines semble apaiser le climat de travail. (Guillaume Malochet, Dans l’ombre des hommes, 2005).

Pour une plus grande productivité

Les femmes introduisent des façons différentes de penser le travail : la diversité des points de vue aide à générer de nouvelles idées pour la résolution de problèmes.

On a observé « ... dans de grandes entreprises américaines que la diversification de la main-d'œuvre optimise le potentiel de créativité et de productivité de l'ensemble des employés et, par conséquent, augmente la compétitivité de l'entreprise ». Gingras, m., Savard, r. et m. Robidoux, 2006.

En conclusion la mixité dans le collectif de travail est une force pour l’organisation en termes d’innovation. Elle permet également de repenser l’activité de travail, de l’analyser et ainsi d’améliorer les conditions de travail pour l’ensemble des Hommes.

 

Pour aller plus loin, quelques références bibliographiques :

  • Genre et conditions de travail, Anact.
  • Le guide de la mixité dans l’entreprise pour améliorer conditions de travail et performance, Anact.
  • Ciel, un hippopotame dans mon milieu de travail, CSN.
  • Psychology of Women Quarterly, n°26, American Psychological Association.
  • The Art of Pacifying an Aggressive Client: “Feminine” Skills and Preventing Violence in caring Work, n°15, Gender, Works and Organization.
  • Le stress : différences hommes-femmes, n°6, Mamouth magazine.
  • La mise au travail des stéréotypes de genre, n°8, La Découverte / Travail, genre et société, Michel Gollac et Serge Volkoff.
  • Des femmes dans la maison des hommes, l’exemple des surveillantes de prison, n°17, La Découverte / Travail, genre et sociétés, Guillaume Malochet.

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