Pour une bonne prise en charge des événements potentiellement traumatiques

Rédigé par Maud JOUVE-GUERIN, Psychologue
Jeudi 28 Juillet à 11:34

Lorsque la question de la prévention en matière de santé mentale au travail est abordée, il est conseillé de l’envisager autant que possible sous l’angle de la prévention primaire en essayant de prévenir le risque à la source. Toutefois, certains incidents ne permettent pas toujours d’anticiper le vécu des travailleurs et nécessitent une prise en charge spécifique notamment grâce au débriefing : les événements potentiellement traumatiques.

Pourquoi proposer un débriefing ?

Lorsqu’un individu a vécu ou est témoin d’un événement durant lequel une personne est décédée ou est gravement blessée, est menacée de mort ou de blessures graves, ou si son intégrité physique ou celle d’autrui est menacée, sa santé mentale peut être en danger. Les événements potentiellement traumatiques sont multiples : victime ou témoin d’une agression, d’un suicide ou d’une tentative de suicide, décès d’un collègue, accident grave. L’individu peut en réaction ressentir de l’impuissance, une peur intense ou un sentiment d’horreur que l’on appelle le syndrome de stress post-traumatique. Ce syndrome peut apparaître sous plusieurs formes :

  • réexpérience de certains aspects de l’événement qui peut se manifester par des souvenirs, pensées, rêves et flashbacks ;
  • évitements comportementaux / cognitifs et émoussement émotionnel (c'est-à-dire une restriction de l’affectivité) ;
  • signes d’hyper-activation neurovégétative tels que l’irritabilité, la réaction de sursaut exagérée ou les troubles du sommeil.

Ces éléments pouvant avoir une conséquence sur la vie sociale et professionnelle, il est important de proposer un accompagnement. Le vécu de l’événement sera différent selon les individus, leur parcours de vie, leur perception, c’est pourquoi on parle d’événement potentiellement traumatique. Dans tous les cas, une intervention est fortement conseillée afin de s’assurer de la bonne adaptation des individus à cet incident.

Dans ce contexte, le débriefing a pour objectif de prévenir ou d’atténuer la détresse psychologique aiguë ou l’intensité des conséquences psychologiques du traumatisme.

À quel moment intervenir, pour qui, pourquoi ?

Initialement prévu pour les services de secours, ce protocole s’est ensuite développé pour les victimes d’événements potentiellement traumatiques au sens large. Afin d’assurer l’efficacité de la prise en charge, il est conseillé d’entamer le protocole entre 3 et 10 jours suivant l’incident, de façon individuelle ou collective afin de dépasser la phase de choc durant laquelle les personnes seront en difficulté pour verbaliser leur ressenti.

Lors de la prise en charge collective, il est conseillé d’organiser des groupes de 4 à 10 membres. Dans le cas où il faudrait organiser plusieurs groupes, leur constitution se fera selon le degré d’implication des personnes dans l’incident.

La prise en charge s’effectue par un Psychologue formé à cette méthode et doit permettre aux individus de faire face à l’événement émotionnellement intense et à ses conséquences (réactions parfois aiguës) de façon adaptée. Il s’agit également de reconnaître en amont les symptômes annonciateurs du syndrome de stress post-traumatique et d’amener la personne vers un traitement psychothérapeutique lorsque cela semble pertinent[1].  Cet accompagnement apporte donc une aide et un soutien pour confronter les individus à leur vécu.

La méthode

La première étape afin de tendre vers une acceptation et un mieux être est la reconnaissance par la hiérarchie du caractère exceptionnel et potentiellement traumatique de l’événement. Ceci peut se traduire par une réunion entre la Direction, le management de proximité et les agents concernés. La reconnaissance (et donc la prévention) se situera également via la mise à disposition d’un lieu de parole, notamment grâce au débriefing.

Ces séances doivent se dérouler dans un lieu « neutre » et rassurant où les membres se sentiront libre d’expression. Plusieurs phases permettent de construire l’entretien :

  • L’introduction où le cadre de l’entretien est expliqué (règles et buts du débriefing, rôle du Psychologue) ;

  • L’explication des faits durant laquelle les individus décrivent l’événement de façon factuelle (ce qu’il s’est passé, les personnes présentes, qui a fait quoi) ;

  • Ensuite les membres se livrent et échangent autour de leurs pensées au moment de leur arrivée sur le lieu de l’incident ;

  • Puis les participants sont amenés à mettre en mots les émotions qu’ils ont pu ressentir : c’est la phase de réaction. Ceci permet de discuter des symptômes semblables à ceux du syndrome de stress post-traumatique qui peuvent être palpables au moment du débriefing ;

  • Une fois ces éléments abordés, l’entretien s’oriente vers les stratégies adaptées pour vivre et faire face à un tel événement et donc aux conséquences du stress ;

  • Pour finir la phase de retour permet de préparer le groupe ou l’agent à envisager le retour au travail.

Lorsque l’entretien est collectif, cela prend deux à trois heures selon la taille du groupe ; dans le cas d’une prise en charge individuelle le débriefing se déroulera sur une heure.

L’important est d’informer les victimes des manifestations psychologiques qu’elles pourront présenter et de leur permettre de verbaliser autour de l’événement afin de les orienter vers des stratégies d’adaptation efficaces et adaptées. Le dernier élément primordial est d’offrir aux personnes du soutien social, que ce soit au sein de l’entreprise ou dans la vie personnelle.


[1] Brom et Kleber, 1989

 

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