Prévention des risques : mieux vaut convaincre que contraindre

Rédigé par Maxime PERROT, Ingénieur hygiène et sécurité
Lundi 22 Septembre à 11:15

La prévention des risques peut être perçue comme une obligation réglementaire par les employeurs et une source de dépense supplémentaire. Souvent vécue comme une contrainte, les agents y voient une source de complications complémentaires au quotidien : port d’EPI, respect de procédures, obligation de formations, habilitations…

Au-delà de cet aspect légal, la sécurité des personnes en milieu professionnel peut également devenir un sujet qui rassemble les opérationnels comme les encadrants, les partenaires sociaux comme la direction.

Voici quelques clefs de fonctionnement.

Le partage d’enjeux : une prise de conscience

L’accident du travail et la maladie professionnelle impactent les collectivités à beaucoup de niveaux.  Humainement, financièrement, juridiquement, etc. Les conséquences sont multiples et graves, pour les agents comme pour les employeurs. Méconnus, ces enjeux ne sont pas suffisamment partagés : la difficulté d’un agent qui remplace son collègue arrêté suite à une coupure profonde à la main et qui n’a pas l’habitude de travailler à ce poste ; le stress d’un responsable d’équipe qui doit gérer l’accident d’un agent qui a chuté de 3 mètres lors du montage de tribunes et trouver le remplaçant  ; la complexité d’un agent pour emmener ses enfants à l’école alors qu’il s’est fracturé la cheville au travail et qu’il ne peut plus conduire.

En dehors des échanges informels, les accidents et maladies professionnelles sont insuffisamment remarqués et passent inaperçus dans les communications officielles, laissant suggérer dans l’esprit collectif que cela est normal, que cela peut arriver et qu’il n’y a pas vraiment de solution pour éviter cela. Contrairement à l’expression « la sécurité, il ne suffit pas d’en parler… », parler de sécurité au travail régulièrement participe déjà à une prise de conscience collective et l’installation progressive de comportements  « sécures ».

La démonstration d’un engagement rationnel autour d’un intérêt commun

Une démarche de prévention, quelle qu’elle soit, a pour vocation d’atteindre au minimum deux objectifs :

  • éviter les accidents du travail et maladies professionnelles ;
  • dans le cas où ils ne peuvent être évités, diminuer leur gravité.

Ainsi, que cette démarche provienne d’une obligation réglementaire ou d’un projet volontariste de la part de l’employeur, elle démontre toujours un engagement pour l’amélioration de la sécurité dans une structure. Cet engagement a donc des objectifs fondamentalement partagés, que l’on soit  employeur et ou partenaire social, responsable ou agent.

Toutefois, pour être bien perçue par chacun, elle doit aboutir à une amélioration de la situation et ne doit pas se limiter à la mise en évidence de problématiques. Ainsi, mieux vaut privilégier une démarche accessible qui aboutira a un résultat concret pour les agents plutôt qu’une démarche trop ambitieuse qui s’essoufflera par sa complexité ou sa difficulté de mise en œuvre.

La prévention : une démarche participative pour laquelle mieux vaut « convaincre » plutôt que « contraindre »

La prévention est par définition la mise en œuvre de « verrous » qui permettent de sécuriser une activité de travail. Ces  verrous peuvent prendre la forme de gants anti-coupure pour éviter les blessures aux mains, d’une formation pour intervenir en sécurité dans un local électrique ou encore d’une procédure détaillant les étapes de mise en marche d’un nouveau matériel. Ces verrous sont nombreux et s’appliquent toujours directement ou indirectement aux personnes confrontées aux risques. Une démarche de prévention doit donc impliquer les agents qui vivent ces difficultés. Ils les vivent au quotidien, les connaissent et les ont déjà souvent analysés. Ainsi, un groupe de travail qui intègre ces agents aura pour bénéfice de minimiser le temps d’analyse grâce au partage d’informations et de trouver une solution pertinente, applicable sur le terrain, qui convient aux personnes exposées. Cette implication contribuera également au sentiment de reconnaissance de ses participants et aidera à les convaincre sur la réalité du risque et l’importance de sa prise en charge. Par conséquent, cela évitera le phénomène de rejet d’une solution qui sera vécue par les agents comme une contrainte supplémentaire, et peu adaptée.

Une nécessaire transparence

Au travail, chacun peut être concerné par les conséquences de la « non-sécurité ». Agents de prévention, partenaires sociaux,  responsables hiérarchiques ou encore agent, chaque individu peut, à un moment ou à un autre, intervenir sur le sujet car sa situation de travail est impactée. Plus un sujet est partagé par de nombreux acteurs, plus l’effet « bouche à oreille » intervient, impliquant des déformations et interprétations, pour finalement aboutir à des incompréhensions voire de la méfiance. Pour garantir une lisibilité sans faille de la bonne information sur le sujet de la prévention, la transparence est de rigueur. Les décisions d’investissement, les comptes-rendus de réunion, les abandons de démarche, chacun est capable d’entendre et de comprendre sous réserve de la bonne explication. Peu à peu, cette transparence aboutit à une confiance mutuelle, facilitant le travail collaboratif et la mise en place de projet.

En synthèse

Lorsqu’un sujet permet le partage et la compréhension d’enjeux communs, lorsqu’il met en évidence une démarche foncièrement positive dont les bénéfices seront collectifs, il ne peut être, a priori, que fédérateur. Reste malgré tout à engager cela dans un esprit de collaboration constructive et de dialogue permanent.

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