Regard sur les conditions de travail des agents territoriaux de plus de 40 ans

Rédigé par Fabien JOBINIOT, statisticien
Mercredi 06 Mai à 11:41

La diversité des métiers territoriaux, le vieillissement des agents, l’augmentation des absences pour raison de santé… font de la gestion des personnels un défi important à relever pour les collectivités, tant au niveau humain, organisationnel que financier. Ceci dans un contexte de réorganisation et de réforme territoriales en cours, alors même que les collectivités se doivent d’assurer quotidiennement un service public de qualité.

Parallèlement, l’emploi durable à tous les âges de la carrière professionnelle est impacté par les nouvelles dispositions prévues dans le cadre de la dernière réforme des retraites. Les agents devront travailler plus longtemps dans des métiers jugés souvent pénibles et soumis à de fortes contraintes.

C’est pourquoi, il apparaît intéressant de pouvoir évaluer la qualité de vie au travail des agents de la Fonction publique territoriale, notamment en faisant s’exprimer les agents eux-mêmes sur leur perception de leurs conditions de travail.

Sur ce principe, plusieurs études ont été réalisées entre 2010 et 2014, auprès de plus de 21 000 agents de la Fonction publique territoriale âgés de plus de 40 ans. Ils ont pu ainsi dépeindre, au travers d’un questionnaire dédié, leur ressenti sur différentes notions : santé, intérêt, pénibilité, organisation, management… 

Riches d’enseignement, voici ce que nous apprennent ces enquêtes :

En grande majorité, les agents interrogés (85 %) sont fiers du travail exercé auprès des usagers ; ils sont motivés et montrent une forte mobilisation dans les tâches à accomplir. La volonté de rendre un service de qualité est déterminant dans l'engagement des agents. Ils pensent par ailleurs, majoritairement, que leurs actions sont utiles aux usagers (86 %) et impactent positivement leur qualité de vie au travail au quotidien.

Pour autant, les agents souffrent d'un sentiment de manque de reconnaissance de la part de leur hiérarchie (46 %), mais aussi des usagers eux-mêmes, et se sentent parfois dévalorisés.

Des leviers de motivation : reconnaissance et utilité

82 % des répondants portent de l'intérêt à leur travail. Ils l'estiment souvent varié, intéressant et leur permettant d'acquérir de l'expérience et de nouvelles connaissances. Ils se disent nombreux à pouvoir organiser leur emploi du temps au mieux selon les tâches à réaliser (70 %) et jugent que les moyens (matériels, compétences, formations…) mis à leur disposition sont globalement suffisants pour accomplir un travail de bonne qualité (70 %).

La diversité des activités, la capacité à acquérir des connaissances au fil de leur carrière et l’autonomie dont ils disposent sont des conditions déterminantes dans l’intérêt que portent les agents à leur travail.

Par ailleurs, la valorisation et le sens donné au travail accompli étant reconnus comme source de motivation par les agents eux-mêmes, il s’agit de levier sur lesquels les organisations peuvent capitaliser pour déployer leur politique de santé au travail.

Un enjeu de prévention : la pénibilité des métiers

Les métiers territoriaux sont considérés comme physiquement pénibles par les répondants (67 %) : port de charges lourdes, exercice en milieu contraint, en extérieur, gestes répétitifs… Les agents relèvent également une exigence d'attention et de concentration lors de l'exercice de leur métier (69 %).

D’autre part, 39 % des agents jugent que leur emploi génère du stress au quotidien, notamment dans le cadre des relations humaines (rapports avec les usagers entre autre).

La pénibilité et l’usure professionnelle, quelle que soit leur origine (physique ou psychologique), deviennent des sujets au cœur des préoccupations des collectivités. L’objectif étant d’atténuer les effets subis par les agents tout au long de leur carrière. De ce fait, former les agents aux bonnes pratiques de prévention et de maîtrise des risques, dès leur entrée dans la vie active, est primordial pour le reste de leur vie professionnelle et pour bâtir les conditions d’un emploi durable.

L’importance de l’environnement de travail

Les agents sont nombreux à bénéficier de l'appui de leurs collègues en cas de besoin (69 %). Ils estiment également pouvoir compter sur le soutien de leurs supérieurs hiérarchiques si nécessaire (58 %).

Ainsi, l’ambiance au quotidien est un facteur clé de qualité de vie au travail. Les personnels qui évoluent dans une mauvaise ambiance sont aussi ceux qui ressentent plus fortement les contraintes de travail.

L’entraide et le soutien s’ajoutent à la reconnaissance et à la mise en valeur du travail fournit comme facteurs de motivation et de ressenti positif de la qualité de vie au travail.

L’impact de l’organisation du travail

Les trois quart des répondants (75 %) affirment que les objectifs fixés par leur hiérarchie sont clairs, mais près de trois agents sur dix (27 %) reconnaissent recevoir des demandes contradictoires.

La perception qu’ont les agents de l’organisation conduite par le management (répartition des tâches, temps attribué et surtout conditions pour les réaliser) impactent directement le sentiment de pénibilité exprimé.

Le sentiment de douleurs lié à l’environnement de travail

Les agents de plus de 40 ans sont nombreux à ressentir des douleurs lors de l'accomplissement de leurs missions (69 %). Ce ressenti engendre des difficultés supplémentaires au quotidien dans la réalisation des tâches et influe sur la perception de la pénibilité des métiers exercés.

Outre ces douleurs, peuvent apparaître des troubles du sommeil, des difficultés de récupération ou le besoin de prendre plus de temps pour effectuer certaines tâches. Au-delà de l’aspect physique, s’ajoutent des contraintes morales liées au travail, par exemple éprouver des difficultés face à des situations de tension ou émotionnellement compliquées.

L'acuité des douleurs ressenties varie cependant en fonction de l'environnement de travail. En effet, des agents dont l'activité professionnelle est encadrée et valorisée, dont l’organisation est claire et lisible, vont avoir le sentiment de moins ressentir de douleurs que les agents dont les conditions de travail et d'encadrement seraient moins favorables.

Le fait qu’une contrainte de travail physique ou psychologique soit ressentie ponctuellement ou régulièrement dans la journée, parfois même au-delà du temps de travail, constitue l’un des premiers signes d’alerte de pénibilité.

Chacune des composantes de l’activité professionnelle des agents, depuis l’organisation du travail jusqu’à la vie de l’équipe en passant par la reconnaissance et la qualité du management, doivent donc être prises en compte dans la mise en œuvre des démarches de prévention des risques professionnels et d’amélioration de la santé au travail des agents.

 

Étude conçue entre 2010 et 2014 sur la base d’enquêtes réalisées auprès de plus de 21 000  agents, de 40 ans et plus, de huit Centre de Gestion de la Fonction publique territoriale, sur le thème de leurs conditions de travail.

Thèmes associés à l'article :

Lire tous les articles rédigés par Fabien JOBINIOT

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Le but de cette question est de vérifier que vous êtes bien humain, et ce, afin de prévenir toute tentative de spam.
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.