Améliorer la gestion de crise chez les sapeurs-pompiers par une approche ergonomique

Rédigé par Clément CARPENTIER, Ergonome
Mercredi 14 Janvier à 14:43

Pour améliorer la gestion de crise au sein des CODIS, dispositif enclenché en cas de survenance de catastrophes ou d’importants sinistres, il est possible de faire appel à l’ergonomie. Clément Carpentier, ergonome, nous apporte son retour d’expérience sur l’intérêt de cette discipline dans ce contexte particulier.

Expertises Publiques : quel lien peut-être fait entre ergonomie et gestion de crise ?

C.C. : Une bonne coordination au niveau du CODIS, entre le centre de traitement des alertes d’une part et celui de gestion de crise d’autre part, permettra de mettre à disposition les moyens nécessaires pour permettre aux interventions de se dérouler dans des conditions efficaces. Par exemple, envoyer des renforts à temps et disposer des moyens logistiques adéquats sur le lieu du sinistre (restauration, hydratation…). Tout cela dans l’intérêt de diminuer les risques professionnels sur le terrain.

Pour autant, l’ergonomie ne s’intéresse pas qu’aux risques professionnels. C’est aussi l’occasion de repenser les pratiques de communication. Le CODIS est un endroit relativement confiné au sein duquel sont utilisés de nombreux ordinateurs, télévisions, téléphones, mais également où se concentrent plusieurs personnes : peuvent ainsi s’interférer beaucoup de signaux et codes de communications qui perturbent l’activité. Or, une forte perturbation dans la communication occasionne des difficultés de gestion dont les conséquences seront directement ressenties sur le terrain.

E.P. : en quoi une démarche ergonomique peut venir améliorer cette gestion de crise ?

C.C. : On vient de le voir, l’objectif premier de l’ergonomie va être de réduire les risques professionnels, notamment les risques de maladie professionnelle. Pour cela, nous allons travailler par exemple sur les postures au poste de travail, les sapeurs-pompiers dans ces centres de gestion de crise étant sur poste informatique. Nous pouvons également intervenir sur la perturbation par le bruit ou le stress, l’activité dans ces centres de gestion de crise étant par essence très stressante.

L’ergonomie est également appropriée pour améliorer les codes de communication et les organes d’information. Dans ce cas, nous allons intervenir sur l’aménagement des locaux, l’emplacement du matériel et notamment la direction des regards. La question de la conception des locaux mais également celle de l’organisation de l’activité relèvent alors de l’ergonomie. C’est ainsi que l’on va contribuer à l’amélioration de leur gestion de crise.

E.P. : quels outils et méthodes sont utilisés ?

C.C. : La première étape consiste à recenser les problématiques existantes. Il convient d’étudier toutes les difficultés qui auront été rencontrées lors des précédents sinistres ou exercices en s’appuyant sur les retours d’expérience apportés par les officiers, opérateurs téléphoniques… Dans un second temps, il faut analyser leurs besoins à partir de leur activité et de son fonctionnement. Une recherche documentaire et une veille sur les pratiques mises en œuvre dans d’autres SDIS, voire d’autres pays (le Canada par exemple) viendront compléter notre analyse.

Une deuxième phase importante d’observation sur le terrain, généralement réalisée lors d’un exercice, permettra d’être confronté à l’activité réelle et de voir ce qui peut être développé en matière de communication. Pour aller plus loin, il est aussi possible de rejoindre sur le terrain le poste de commandement mobile qui rend compte en direct et de façon exacte au CODIS ce qui se passe sur place. Sont également utilisés des moyens et codes de communication entre ces deux entités sur lesquels ont peut intervenir pour faciliter leurs échanges.

Dans la pratique, on peut être amené à utiliser des outils de mesure du bruit, d’ambiance lumineuse comme la métrologie. La cardiofréquencemétrie est également appropriée dans l’évaluation de la dépense énergétique. Des simulateurs d’aménagement des locaux interviennent en matière de conception des locaux. En matière d’aménagement des locaux, nous amenons des préconisations concrètes d’amélioration qui peuvent être appliquées de suite et également alimenter des futurs aménagements.

L’ensemble de notre démarche est réalisée selon un mode participatif.

E.P. : justement, quelles sont les particularités d’une démarche ergonomique de ce type ?

C.C. : cela demande une bonne maîtrise du langage et des termes techniques propres aux sapeurs-pompiers, mais également une bonne compréhension de leurs tactiques de gestion de crise, de leur fonctionnement et organisation, ainsi que la connaissance des différents acteurs, internes et externes (gendarmerie…).

C’est une des démarches d’ergonomie les plus détaillées et complexes à mener.

E.P. : quels sont les bénéfices ?

C.C. : d’abord, la réduction des risques professionnels sur les postes administratifs et opérationnels car une bonne coordination des moyens diminuent les risques sur le terrain. Mais ce sont aussi des bénéfices au niveau de la population : si une catastrophe est bien gérée, si on améliore la gestion de crise, on diminue les risques pour la population aussi, ainsi que pour l’environnement.

E.P. : dans quelles autres situations l’ergonomie peut être efficace ?

C.C. : j’ai eu l’opportunité de réaliser des études ergonomiques dans le cadre de l’utilisation de caissons à feu en centre d’entrainement : il s’agit de caissons qui permettent aux sapeurs-pompiers stagiaires de comprendre les mécanismes du feu pour s’en protéger. Dans ce cas, nous avons travaillé sur la part de dépense énergétique pour les sapeurs-pompiers au cours de cet exercice. En effet, c’est une épreuve à forte exposition à la chaleur (plus de 500°C) avec des phénomènes de transpiration et de consommation en air importants. Il s’agit donc d’étudier la « respirabilité » des équipements de protection, la conception des bouteilles d’appareil respiratoires… mais aussi le rôle de chacun et la communication entre les acteurs au cours de l’exercice. Enfin, l’ergonome peut intervenir dès la phase de préparation du brûlage sur les questions de manutention de matériel. 

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