La prévention des risques dans les déchetteries

Rédigé par Clément CARPENTIER, Ergonome
Lundi 12 Juin à 17:02

Clément Carpentier, ergonome et consultant en hygiène et sécurité, intervient au sein des déchetteries des collectivités territoriales dans le cadre de l’évaluation des risques et l’analyse de l’activité. En immersion sur les sites, aux côtés des agents territoriaux, il cherche à comprendre leur activité de travail pour en ressortir des facteurs de risques professionnels. Retour sur son analyse et ses observations de terrain.

Expertises publiques : Quels sont les facteurs de risque ?

Clément Carpentier : Au niveau ergonomique, on observe que les facteurs de risques professionnels sont très souvent liés aux troubles musculo-squelettiques avec pour cause la manutention et les gestes répétitifs auxquels sont confrontés les agents. Il y a aussi de nombreux accidents de services : des chutes ou des glissages du fait d’objets au sol, des chutes de hauteur du fait de la présence de bennes, des écrasements de mains ou de pieds. Mais le risque ergonomique n’est pas le plus significatif.

Les risques psychosociaux y sont également présents dans la mesure où il s’agit d’une activité en lien avec l’accueil du public. Dès lors qu’un agent posté à l’entrée essaye de faire respecter des règles, cela peut engendrer du mécontentement voire de l’agressivité de certains usagers. Par ailleurs, la présence de métaux recherchés dans les déchetteries peut être source d’intrusions et de vols.

Ce sont également des sites confrontés aux risques d’incendie, biologiques, chimiques, parfois même radiologiques : des déchets radiologiques, souvent à faible rayonnement, peuvent en effet se retrouver en déchetterie pour des raisons inconnues. Cela reste des lieux de stockage de produits dangereux.

Autrement dit, les déchetteries sont des lieux où les risques sont nombreux et divers. Et pourtant, elles ne sont pas toujours prises en compte prioritairement en matière de prévention.

E.P. : Observe-t-on des particularités selon les déchetteries ?

C.C. : Selon la superficie de la déchetterie et l’effectif de la population, la répartition de l’activité n’est pas forcément la même. Par exemple, dans les grandes agglomérations, les agents exercent surtout une mission d’orientation, alors que dans les petites villes ou communautés de communes, le service de proximité y est plus développé et consiste souvent à aider les usagers à vider leur encombrants dans les bennes. Cette activité nécessite de fait plus de manutention et occasionne davantage de gestes répétitifs.

E.P. : Quelles sont les actions concrètent à mettre en œuvre ?

C.C. : Il existe plusieurs typologies d’actions de prévention à engager :

  • Il s’agit d’abord de communiquer auprès des usagers et de bien les orienter : informer sur les règles de circulation, les horaires d’accès ou encore les règles de tris… Ceci nécessite la mise à disposition d’un règlement intérieur et l’existence d’une bonne signalisation vers les bennes dédiées pour éviter les erreurs de tri qui ont comme effet la réaffectation des déchets, engendrant de la manutention supplémentaire et des gestes répétitifs. La sensibilisation du public est aussi un moyen de prévenir les risques psychosociaux occasionnés par d’éventuelles agressions physiques et verbales. Éviter aux agents de répéter sans cesse les bonnes règles d’utilisation de la déchetterie, c’est aussi diminuer une certaine charge mentale pesante.
  • La sensibilisation et la formation des agents de déchetterie sont également importantes puisque, on vient de le voir, ils ont un rôle d’orientation primordiale afin d’éviter un surcroît de charge dû à une mauvaise utilisation des lieux et des installations par les usagers.
  • Enfin, il peut être intéressant de favoriser la polyvalence et la polycompétence entre les agents de déchetterie et les rippers. Ils sont parfois amenés à faire partie de la même équipe, or ces activités n’étant pas confrontées à la même intensité de manutention et au même niveau de risque de TMS, cela peut permettre de soulager les agents.

E.P. : Comment les collectivités peuvent-elles agir ?

C.C. : Le point de départ reste le recensement des risques professionnels avec la réalisation du document unique ainsi que les visites terrain de l’assistant ou conseiller de prévention (voire du CHSCT, le cas échéant).  À partir de cette évaluation, la collectivité sera en mesure de prioriser les risques sur lesquels axer les démarches de prévention. Il est alors possible de faire appel à un prestataire externe pour réaliser des études ergonomiques, qui consistent en l’analyse de l’activité, mais aussi des visites de risque en santé au travail. Selon que l’on souhaite mettre l’accent sur les RPS, l’ergonomie ou les risques incendie et biologiques, des aménagements spécifiques pourront être mis en œuvre, jusqu’à la conception de locaux.

Face au risque d’incendie, il peut être possible d’organiser des exercices de prévention avec les sapeurs-pompiers. Le SDIS est un appui pour mener des actions de prévention dans les déchetteries.

Un diagnostic sur la santé au travail va contribuer à la fois au respect réglementaire en matière d’évaluation des risques professionnels mais aussi prévenir les restrictions médicales des agents et plus globalement leur état de santé.

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