Les agents en seconde partie de carrière : un enjeu de maintien dans l'emploi ou comment prévenir l'usure professionnelle

Rédigé par Corentin ALLAIS, Consultant en prévention & amélioration des conditions de travail
Vendredi 12 Janvier à 14:07

Selon l’ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail), l’usure est un « processus d’altération de la santé lié au travail qui dépend du cumul et/ou de combinaisons d’expositions de la personne à des contraintes du travail qui peuvent être de nature diverse ». L’usure peut apparaître suite à des situations d’hypersollicitation physique, cognitive et/ou psychique, des situations répétées d’activités empêchées, des activités entravées, des situations d’hyposollicitation, des expositions à des nuisances physicochimiques, à mettre en lien avec un processus de construction de la santé par des régulations, des marges de manoeuvre (collectif, expérience, etc.) et des facteurs de construction (sens, utilité, métier, etc.).

L’apparition de l’usure professionnelle (physiologique, psychologique, cognitive) peut être liée à l’exposition prolongée à des facteurs de risques ou des conditions de travail pénibles ou encore à un déficit de perspectives d’évolution professionnelle. Elle représente un défi économique et social prégnant dans un contexte d’allongement de la vie professionnelle, posant la question de l’employabilité sur le long terme. L’augmentation des restrictions d’aptitudes médicales et des déclarations d’inaptitude entraine la multiplication des situations de reclassements au sein des collectivités. Ces dernières nécessitent des moyens humains, organisationnels et des postes disponibles, dont le nombre n’est pas élevé en période de contraction budgétaire.

Le processus d’usure professionnelle se manifeste par différents symptômes impactant la santé des travailleurs :

  • légères douleurs physiques,
  • douleurs chroniques,
  • perte du sens au travail,
  • perte de la volonté d’investissement.

Ces symptômes, s’ils ne sont pas détectés et pris en charge au plus tôt (prévention primaire), peuvent conduire à une restriction progressive d’aptitude au poste, un désinvestissement, un isolement social, voire à une inaptitude au poste de travail. L’objectif est de détecter les symptômes assez rapidement, d’agir en prévention des risques professionnels.

Anticiper l'inaptitude

Contexte et conjoncture actuelle

La diminution des dotations attribuées aux collectivités territoriales impacte la capacité des institutions à développer des solutions de maintien et/ou de création de postes. Le nombre de postes pour les agents en situation de reclassement est par conséquent en forte diminution. En parallèle, le nombre de maladies professionnelles et d’arrêts de durée importante augmente, ce qui fait de la gestion de l’inaptitude l’une des principales problématiques actuelles. La nécessité d’anticiper ces situations et d’apporter des solutions en amont de l’inaptitude des agents est cruciale.

Les solutions mises en place

Pour agir efficacement contre l’usure professionnelle, il est essentiel de :

  • actionner et articuler deux leviers complémentaires : la santé au travail et la gestion des parcours professionnels ;
  • s’organiser collectivement en donnant un sens aux actions de prévention et d’amélioration par la mise en avant et la participation de chacun des acteurs de la ligne hiérarchique ;
  • agir sur tous les maillons de la collectivité : sur les pratiques de prévention, de gestion RH, de conduite du changement, de management, de dialogue social, sans minimiser l’importance des coopérations entre ces différents niveaux pour une démarche globale de prise en compte de l’usure professionnelle.

Pour favoriser une employabilité durable, il est nécessaire d’informer, en abordant la problématique sous un angle collectif et préventif :

  • construire une représentation commune de l’usure professionnelle, à tous les niveaux hiérarchiques ;
  • repérer les signaux d’alerte par une analyse des données d’absentéisme et des remontées des agents ;
  • agir collectivement (direction, partenaires sociaux, agents) pour repérer les facteurs de risques et passer d’une approche curative à une approche préventive ;
  • analyser le travail pour le transformer, avant qu’il ne devienne délétère.

La prévention des risques professionnels et la construction de parcours professionnels constituent deux leviers déterminants pour prévenir l’usure professionnelle.
Des mesures curatives sont généralement mises en oeuvre sur ces deux registres, au cas par cas (compensation ou reconversion). Nécessaires, ces interventions trouvent leurs limites lorsque les situations de travail usantes perdurent. D’autres actions, à caractère collectif, ciblées sur des métiers, services ou activités à risques peuvent être identifiées.

L’enjeu de la démarche de prévention de l’usure professionnelle est de progresser collectivement : des mesures correctives ponctuelles vers des mesures proactives afin d’anticiper l’évolution des métiers et des conditions de travail. Après une gestion en réaction, il est temps d’anticiper les problématiques d’usure, afin d’endiguer l’inaptitude et d’agir en prévision des carrières professionnelles à long terme.

Parole d'expert issue du Panorama "L'influence des absences pour raison de santé sur l'employabilité durable des agents territoriaux".

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