Regard sur une démarche de prévention des risques psychosociaux en établissement de santé 2/2

Rédigé par Maud LIGEON, Psychologue, consultante en santé au travail
Lundi 06 Mars à 08:40

Au-delà de la prévention des risques à proprement parler, œuvrer dans le champ psychosocial revient à s’intéresser aux conditions de travail et à la qualité de vie au travail au sens large. S’engager dans une démarche de prévention des risques psychosociaux, c’est déjà agir sur la qualité de vie au travail.

En manifestant son intérêt pour un tel projet, en prenant en compte les problématiques de ses agents, en exprimant son souci pour leur bien-être, la Direction produit un effet bien avant que l’on puisse constater et mesurer l’efficacité des actions mises en place à l’issue d’un accompagnement à la prévention des risques-psychosociaux.

Néanmoins, pour entériner les premiers effets bénéfiques, il est indispensable ensuite de veiller à maintenir la dynamique engagée, aller au bout de la démarche et démontrer régulièrement les progrès (concrets, objectifs) constatés, sans quoi se produit l’effet inverse : essoufflement, démobilisation, perte de confiance de la part des agents.

Dans le cas de l’établissement hospitalier évoqué dans un précédent article à lire ici, les agents ont été mobilisés dès le lancement de la mission, sur appel de la Direction des Ressources Humaines, les positionnant d’emblée comme acteurs de leur qualité de vie au travail. Invités aux comités de pilotage pour restituer leurs travaux, ils ont pu rendre compte directement de leurs problématiques, être entendus et profiter des retours de la part des membres du comité de pilotage. Ce mode d’animation a agi positivement sur l’ensemble des acteurs (valorisation, reconnaissance et considération pour les agents, ouverture et accès au terrain pour la Direction, dialogue de part et d’autre). 

Construire ensemble pour pérenniser

Comme on vient de le voir, une forte mobilisation de l’ensemble des acteurs est cruciale. Et pour passer du (bon) diagnostic à l’action (efficace), il faut les bons acteurs au bon moment. Si certaines fonctions ne sont pas représentées dans les groupes de travail, cela peut empêcher de trouver des réponses pertinentes aux constats soulevés. Dans notre exemple, le diagnostic a montré que le sens du travail porte les métiers du soin, que les soignants sont au cœur de l’hôpital, mais aussi que l’établissement ne saurait fonctionner correctement sans les personnels non-soignants, qui ce sont avérés être en mal de reconnaissance. Les fonctions non-soignantes jouent pourtant tout autant un rôle de première importance. Ainsi, fluidifier les circuits de communication entre personnels soignants et non-soignants est apparu comme un enjeu-phare de cette mission. Mais il n’est resté qu’un enjeu partiellement relevé du fait de l’absence des métiers concernés lors des groupes de travail. Les agents sont donc bel et bien acteurs de leur qualité de vie au travail. A l’inverse, ils ne peuvent pas porter seuls la réussite du projet, les cadres soignants ont également leur rôle.

Au titre du retour d’expérience, il eût sans doute été judicieux de faire participer davantage les personnels non-soignants aux groupes de travail pour solutionner, avec les personnels soignants, les dysfonctionnements des circuits d’information. De même qu’il eût été tout aussi profitable de réunir médecins et soignants pour qu’ils puissent construire ensemble les actions visant à améliorer leur coordination.

En matière de prévention des risques psychosociaux, s’assurer de la représentation de chacune des fonctions de l’hôpital autour d’un même projet, réunir l’ensemble des acteurs pour dialoguer et trouver des voies de coordination nouvelles, n’est-ce pas déjà se mettre sur le chemin de la qualité de vie au travail et, partant, de la performance à l’hôpital ? Car agir sur la qualité de vie au travail des agents, c’est aussi agir sur la qualité de prise en charge des patients.

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Commentaires

Les partenaires sociaux et les Institutions Représentatives du Personnel (le CHSCT, notamment) sont des acteurs incontournables de toute démarche de prévention des risques psychosociaux, qu’il convient d’associer tout au long de tels projets, dans le respect de leurs prérogatives. Ils restent une partie prenante primordiale : leur rôle et leur implication face aux enjeux de qualité de vie au travail feront l’objet d’une prochaine publication.

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